Le Premier RefugeDossiersDossier V

La traversée : dossier pédagogique

Pour une halaqa ou une classe, à partir du chapitre V. Une page pour l’animateur, une fiche pour les participants, et les réponses. Imprimez-le en entier, ou seulement la fiche.

Lire le chapitre

Première partie

Pour la personne qui anime

Pour
À partir de 13 ans, et cercles d’étude pour adultes
Durée
Environ une heure
Il vous faut
Une fiche par personne. L’atlas et le site de la Bibliothèque du Congrès sur un écran. La page des vies pour les portraits.
Le chapitre
V. La traversée, environ quinze minutes de lecture

Objectifs

  • Expliquer qu’il y avait des musulmans parmi les Africains réduits en esclavage aux Amériques, et pourquoi les historiens refusent de donner un chiffre avec assurance.
  • Raconter l’histoire d’Omar ibn Said et de Bilali Muhammad, et ce que chacun d’eux a écrit en arabe.
  • Trouver les lieux des Carolines et de la Géorgie où cette histoire s’est déroulée, et savoir où aller pour la voir.

Dans une halaqa

  1. 5 minOuvrez le cercle et lisez les objectifs.
  2. 10 minLisez l’histoire en bref à voix haute, une ligne chacun.
  3. 10 minLisez ensemble : les passages, lentement, avec l’arabe lorsqu’il est donné.
  4. 25 minParlez-en : deux ou trois questions, pas toutes.
  5. 10 minVérifiez vos connaissances ensemble, puis chacun nomme une chose à emporter chez soi.

Dans une classe

  1. 5 minCommencez par la carte : trouvez les lieux sur l’atlas.
  2. 10 minLisez l’histoire en bref et les dates.
  3. 15 minUne activité de la partie « À essayer ».
  4. 10 minDiscutez par deux : une question chacun.
  5. 10 minVérifiez vos connaissances, puis passez en revue les réponses.

Remarques

Ce chapitre parle de l’esclavage. Certains apprenants auront une histoire familiale proche de ce sujet. Employez les noms des personnes, gardez l’attention sur elles en tant que savants et croyants, et faites en sorte que les passages difficiles soient dits clairement.

Omar a été baptisé, et la Bibliothèque du Congrès le présente comme un converti ; les chercheurs qui ont lu ce qu’il a continué d’écrire en arabe pensent que la question est moins tranchée. Le chapitre la laisse ouverte, et le cercle devrait faire de même.

Lisez d’abord le chapitre vous-même. Chaque question trouve sa réponse dans le chapitre, et la section où chercher est indiquée sous chacune.

Deuxième partie : la fiche

V. La traversée

Parmi les millions d’Africains emmenés en esclavage aux Amériques, il y avait des musulmans : des gens qui savaient lire, qui jeûnaient quand ils le pouvaient, qui écrivaient des prières en arabe sur tout ce qui leur tombait sous la main. Certaines de leurs pages ont survécu.

L’histoire en bref

  1. Parmi les millions d’Africains emmenés en esclavage aux Amériques, il y avait des musulmans, beaucoup venus de Sénégambie, du Fouta-Toro et du Fouta-Djalon. Leur nombre ne peut pas être connu avec précision.
  2. Selon une estimation couramment citée, jusqu’à quatre sur dix des Africains amenés dans ce qui allait devenir les États-Unis ont d’abord débarqué à Charleston.
  3. Omar ibn Said, un savant du Fouta-Toro, a été amené à Charleston en 1807. Emprisonné à Fayetteville, il a écrit en arabe sur les murs de sa cellule. En 1831, il a écrit le récit de sa vie en arabe.
  4. Sur l’île Sapelo, en Géorgie, Bilali Muhammad a écrit de mémoire treize pages de droit islamique, tirées principalement de la Risala d’Ibn Abi Zayd de Kairouan.
  5. Dans les années 1930, des habitants de l’île se souvenaient de grands-parents qui priaient sur des nattes et faisaient des galettes de riz appelées saraka, de sadaqah, la charité.
  6. Ayuba Suleiman Diallo, Abd al-Rahman Ibrahima et Yarrow Mamout ont tous fini par être libres. Une lettre écrite en arabe par Ibrahima a porté son cas jusqu’au secrétaire d’État et au président.
  7. À Bahia, au Brésil, en janvier 1835, pendant le ramadan, des musulmans africains, esclaves et affranchis, se sont soulevés.

Dates

  • 1528Estevanico, un homme réduit en esclavage originaire d’Azemmour, au Maroc, débarque en Floride avec une expédition espagnole.
  • 1733Ayuba Suleiman Diallo est affranchi en Angleterre et peint par William Hoare. Il rentre chez lui en 1734.
  • 1788Abd al-Rahman Ibrahima est capturé au Fouta-Djalon et vendu à Natchez.
  • 1790La Chambre des représentants de Caroline du Sud entend la pétition des Maures libres.
  • 1807Omar ibn Said arrive à Charleston.
  • 1819Charles Willson Peale peint Yarrow Mamout à Georgetown.
  • 1828Abd al-Rahman Ibrahima est affranchi après environ quarante ans.
  • 1831Omar ibn Said écrit son autobiographie en arabe en Caroline du Nord.
  • 1835Des musulmans africains mènent la révolte des Malês à Bahia, au Brésil, pendant le ramadan. Lamine Kebe part pour le Liberia.
  • 1854Mahommah Gardo Baquaqua publie sa biographie à Détroit.
  • 1863Omar ibn Said meurt dans le comté de Bladen, en Caroline du Nord.
  • 1940Drums and Shadows recueille les souvenirs d’habitants de l’île Sapelo sur des ancêtres qui priaient sur des nattes et faisaient la saraka.
  • 2019La Bibliothèque du Congrès met en ligne la collection Omar Ibn Said.
  • 2023L’opéra Omar remporte le prix Pulitzer de musique, et l’International African American Museum ouvre ses portes à Charleston.

Personnes

  • Ayuba Suleiman Diallo vers 1701 à 1773Capturé en 1730 et vendu dans le Maryland. Une lettre qu’il écrivit en arabe conduisit à sa libération. Il fut affranchi en Angleterre en 1733, posa pour William Hoare et reprit la mer pour rentrer chez lui en 1734.
  • Yarrow Mamout vers 1736 à 1823Amené dans le Maryland vers 1752, affranchi vers 1796, propriétaire de sa maison à Georgetown dès 1800. Charles Willson Peale le peignit en 1819.
  • Abd al-Rahman Ibrahima vers 1762 à 1829Un prince du Fouta-Djalon, capturé en 1788 et réduit en esclavage pendant environ quarante ans dans le Mississippi. Affranchi en 1828, il mourut au Liberia l’année suivante.
  • Omar ibn Said vers 1770 à 1863Un savant emmené à Charleston en 1807. En 1831, il écrivit sa vie en arabe, la seule autobiographie de ce genre conservée que l’on connaisse en Amérique, et l’ouvrit par des versets du Coran.
  • Bilali Muhammad mort vers 1857Commandeur sur l’île Sapelo, en Géorgie, qui écrivit de mémoire treize pages de droit malikite en arabe. Ses descendants vivent toujours sur l’île.
  • Lamine Kebe affranchi au plus tard en 1834Un maître d’école réduit en esclavage pendant environ trente ans. Avant de partir pour le Liberia en 1835, il décrivit les écoles de son pays natal à un Américain qui mit le récit par écrit.
  • Mahommah Gardo Baquaqua né vers 1824Réduit en esclavage au Brésil, il atteignit New York à bord du navire de son maître en 1847, s’évada avec l’aide d’amis antiesclavagistes et publia sa biographie à Détroit en 1854.

Mots à connaître

Fouta-Toro et Fouta-Djalon
Des régions d’Afrique de l’Ouest, dans ce qui est aujourd’hui le Sénégal, la Mauritanie et la Guinée, d’où venaient beaucoup de musulmans réduits en esclavage.
Autobiographie
Le récit d’une vie écrit par la personne elle-même. La Bibliothèque du Congrès présente celle d’Omar, écrite en arabe en 1831, comme la seule autobiographie connue d’une personne réduite en esclavage, écrite en arabe en Amérique, qui nous soit parvenue.
Commandeur
Un homme réduit en esclavage chargé de diriger le travail des autres sur une plantation. Bilali était commandeur à Sapelo, responsable de centaines de personnes.
Saraka
Des galettes de riz faites à Sapelo et données aux enfants. Le mot vient de sadaqah, la charité.
Maures
Le nom donné en Europe et en Amérique aux musulmans d’Afrique du Nord. En 1790, quatre hommes et leurs épouses, qui se disaient Maures libres, sujets de l’empereur du Maroc, ont adressé une pétition à la Chambre de Caroline du Sud.
Source primaire
Un document produit à l’époque par les personnes concernées, comme le manuscrit d’Omar ou les treize pages de Bilali.

Lisez ensemble

Sourate Al-Mulk, versets 1 et 2

بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَٰنِ ٱلرَّحِيمِ

تَبَٰرَكَ ٱلَّذِى بِيَدِهِ ٱلْمُلْكُ وَهُوَ عَلَىٰ كُلِّ شَىْءٍ قَدِيرٌ ﴿١﴾ ٱلَّذِى خَلَقَ ٱلْمَوْتَ وَٱلْحَيَوٰةَ لِيَبْلُوَكُمْ أَيُّكُمْ أَحْسَنُ عَمَلًا ۚ وَهُوَ ٱلْعَزِيزُ ٱلْغَفُورُ ﴿٢﴾

Béni soit Celui Qui détient en Sa Main la Royauté et Qui de Toute chose est Infiniment Capable. Celui Qui a créé la mort et la vie pour voir, en vous éprouvant, qui de vous fait meilleure œuvre ; et c’est Lui le Tout-Puissant, l’Absoluteur.

Coran 67:1 et 2, traduction de Dr Nabil Rudwan (Noor International Center), QuranEnc

Adyy-ben-Hâtim a dit :

J’ai entendu le Prophète prononcer ces mots: « Redoutez l’Enfer (en faisant l’aumône) fût-ce d’une moitié de datte ».

Sahih al-Bukhari 1417, traduction de O. Houdas et W. Marçais, Les traditions islamiques, tome 1, page 461

Parlez-en

  1. Omar a écrit sa vie en arabe, une langue que ses propriétaires ne savaient pas lire. Que peut dire une personne dans une langue que personne autour d’elle ne sait lire ?Voir : Omar ibn Said
  2. Bilali a écrit de mémoire des pages de droit islamique, des dizaines d’années après avoir quitté l’école. Que connaissez-vous assez bien pour l’écrire de mémoire ?Voir : L’île Sapelo
  3. À Sapelo, les grands-parents faisaient chaque année la saraka pour les enfants. Qu’est-ce que les coutumes de votre famille transmettent d’un passé plus lointain que tous les souvenirs ?Voir : L’île Sapelo
  4. Le chapitre refuse de donner un chiffre assuré sur le nombre de musulmans parmi les Africains réduits en esclavage. Pourquoi est-il honnête de dire « nous ne savons pas » ?Voir : Combien ?
  5. Plusieurs de ces lieux se trouvent dans les Carolines et en Géorgie. Lequel est le plus proche de chez vous, et qu’iriez-vous y voir ?Voir : Allez voir

À essayer

  1. Lisez un manuscrit. Ouvrez le manuscrit d’Omar ibn Said sur le site de la Bibliothèque du Congrès et regardez la première page. Même sans lire l’arabe, que pouvez-vous dire de la personne qui l’a écrit ? Puis lisez ses mots, traduits en anglais, sur la page Dans leurs propres mots (en anglais) de ce site.
  2. Regardez les portraits. Sur la page des vies, regardez Ayuba Suleiman Diallo, Abd al-Rahman Ibrahima et Yarrow Mamout. Qu’est-ce que chaque peintre ou graveur a choisi de montrer ? Qu’est-ce que chacun de ces hommes aurait voulu que l’on montre ?
  3. Donnez la saraka. Préparez ou apportez quelque chose de petit à partager, et donnez-le en charité, comme le faisaient les grands-parents de Sapelo.
  4. Préparez une visite. Choisissez l’International African American Museum à Charleston, le panneau d’Omar ibn Said à Fayetteville, ou l’île Sapelo, accessible en ferry depuis Meridian, en Géorgie, sur réservation. La page du circuit des Carolines (en anglais) donne les adresses, les horaires et les modalités de réservation. Vérifiez-les de nouveau avant de partir, et allez-y en invité.

Sur l’atlas : Fouta-Toro Sénégambie Charleston Comté de Georgetown Fayetteville Île Sapelo Natchez Maryland et Georgetown Salvador (Bahia)

Vérifiez vos connaissances

  1. D’où venait Omar ibn Said, et en quelle année a-t-il été amené à Charleston ?
  2. Dans quelle ville Omar a-t-il été emprisonné, et qu’a-t-il écrit sur les murs ?
  3. En quelle année Omar a-t-il écrit son autobiographie, et dans quelle langue ?
  4. Qu’a écrit Bilali Muhammad de mémoire ?
  5. De quel mot vient saraka, et que signifie-t-il ?
  6. Qui a été affranchi en 1828, après environ quarante ans d’esclavage près de Natchez ?
  7. Que s’est-il passé à Bahia en janvier 1835 ?

Tiré du Premier Refuge, ferrand.africa/fr/dossiers/la-traversee/. Libre d’impression et de copie pour l’enseignement.

Troisième partie

Réponses et sources

  1. D’où venait Omar ibn Said, et en quelle année a-t-il été amené à Charleston ?Du Fouta-Toro ; en 1807.
  2. Dans quelle ville Omar a-t-il été emprisonné, et qu’a-t-il écrit sur les murs ?À Fayetteville, en Caroline du Nord. Il a écrit en arabe.
  3. En quelle année Omar a-t-il écrit son autobiographie, et dans quelle langue ?En 1831, en arabe.
  4. Qu’a écrit Bilali Muhammad de mémoire ?Treize pages de droit islamique, tirées principalement de la Risala d’Ibn Abi Zayd.
  5. De quel mot vient saraka, et que signifie-t-il ?De sadaqah, la charité.
  6. Qui a été affranchi en 1828, après environ quarante ans d’esclavage près de Natchez ?Abd al-Rahman Ibrahima.
  7. Que s’est-il passé à Bahia en janvier 1835 ?Des musulmans africains, esclaves et affranchis, se sont soulevés, pendant le ramadan.

Les lectures

  • Coran 67:1 et 2: quranenc.com. Traduction de Dr Nabil Rudwan (Noor International Center), QuranEnc.
  • Sahih al-Bukhari 1417: archive.org. Traduction de O. Houdas et W. Marçais, Les traditions islamiques, tome 1, page 461.
  • Texte arabe du Coran : Tanzil Project, écriture uthmanie, tanzil.net.

Les sources du chapitre

  • Sylviane A. Diouf, Servants of Allah: African Muslims Enslaved in the Americas (New York University Press, 1998 ; édition anniversaire 2013).
  • Michael A. Gomez, Black Crescent: The Experience and Legacy of African Muslims in the Americas (Cambridge University Press, 2005).
  • Allan D. Austin, African Muslims in Antebellum America: Transatlantic Stories and Spiritual Struggles (Routledge, 1997).
  • Library of Congress, Omar Ibn Said Collection, avec l’essai consacré à la collection. loc.gov
  • North Carolina Department of Natural and Cultural Resources, Highway Historical Marker I-89, “Omar ibn Said.” dncr.nc.gov
  • Ala Alryyes (dir. et trad.), A Muslim American Slave: The Life of Omar Ibn Said (University of Wisconsin Press, 2011).
  • The Pulitzer Prizes, prix de musique 2023 : Omar, de Rhiannon Giddens et Michael Abels. pulitzer.org
  • University of Georgia, Hargrett Rare Book and Manuscript Library, Bilali Muhammad document (ms2807). sclfind.galib.uga.edu
  • New Georgia Encyclopedia, “Cornelia Bailey (1945 to 2017).” georgiaencyclopedia.org
  • Georgia Writers’ Project, Drums and Shadows: Survival Studies among the Georgia Coastal Negroes (University of Georgia Press, 1940).
  • Terry Alford, Prince Among Slaves (Oxford University Press, 1977 ; édition anniversaire 2007).
  • Philadelphia Museum of Art, Charles Willson Peale, Portrait of Yarrow Mamout (Muhammad Yaro), 1819. philamuseum.org
  • Joao Jose Reis, Slave Rebellion in Brazil: The Muslim Uprising of 1835 in Bahia (Johns Hopkins University Press, 1993).
  • Lowcountry Digital History Initiative, College of Charleston, African Muslims in the South. ldhi.library.cofc.edu
  • Judith A. Carney, Black Rice: The African Origins of Rice Cultivation in the Americas (Harvard University Press, 2001).
  • Mahommah G. Baquaqua et Samuel Moore, Biography of Mahommah G. Baquaqua, a Native of Zoogoo, in the Interior of Africa (Detroit, 1854), sur Documenting the American South, University of North Carolina. docsouth.unc.edu
  • Robin Law et Paul E. Lovejoy (dir.), The Biography of Mahommah Gardo Baquaqua: His Passage from Slavery to Freedom in Africa and America (Markus Wiener, 2001 ; édition revue 2007).